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Les graves ratés de la protection de l'enfance

Un documentaire diffusé ce soir sur France 3 montre les nombreux dysfonctionnements graves qui affectent les structures de protection de l'enfance, aussi bien dans les foyers que dans les familles d'accueil. Cette situation a de graves conséquences sur le devenir de ces enfants qui connaissent souvent de lourds traumatismes.

Ce mercredi soir, on aimerait bien regarder un gentil téléfilm français ou sa série préférée. En effet, voir ce documentaire n'est pas vraiment une partie de plaisir : les histoires qu'il conte sont implacables, édifiantes, contraires à toute éthique éducative. Et on ne peut se contenter du traditionnel leitmotiv "Il ne faut pas généraliser" pour ne pas regarder en face les terribles constats établis par le journaliste Sylvain Louvet au sortir de huit mois d'enquête.

La douleur de la séparation

Les premières images nous conduisent dans un centre d'accueil de la protection de l'enfance à Pornic en Loire-Atlantique. Accompagnée de son papa, une petite fille entre, au moins pour six mois, dans ce foyer. Les parents viennent de se séparer. La maman n'est pas en mesure de prendre en charge les deux enfants. Le père, faute de logement, est reparti vivre chez ses parents. La petite est séparée de sa soeur hébergée dans un autre centre et de ses parents. C'est trop lourd : elle s'effondre, ne voulant rien entendre... Ne jamais l'oublier, la protection de l'enfance démarre presque toujours par une douleur, celle de ne plus être avec ses parents, aussi insuffisants soient-ils. Et pourtant, la petite fille a expliqué : "Ca crie beaucoup à la maison et ça dit des gros mots".

Là où il y a de la place...

Le documentaire accorde une place à Lyes Louffok, auteur du très remarqué livre "Dans l'enfer des foyers"(Flammarion), infatigable défenseur des droits des enfants placés. Lui raconte son itinéraire, ses nombreux foyers et ses familles d'accueil. Ici ou là, explique-t-il, on lui demande d'en finir avec ce terme "enfant placé". Alors, il réplique que "les enfants sont mis là où il y a de la place." Lanceur d'alerte de plus en plus reconnu, il assure : "Dans chaque département, je peux vous citer un foyer qui dysfonctionne." 

Violence omniprésente

Celui-là en Gironde fait assurément partie de cette catégorie. Des éducateurs ont écrit une lettre intitulée "Les enfants sacrifiés de la République" dans laquelle ils expliquent notamment qu'a été atteint dans le foyer un niveau de violences inimaginable. Pour en avoir le coeur net, un autre journaliste se fait embaucher dans le foyer sur un poste d'éducateur spécialisé alors qu'il n'en a ni le diplôme ni l'expérience. Apparemment, dans ce centre, une majorité de professionnels ne sont pas diplômés. Le faux éducateur constate que la violence est omniprésente dans ce méga-foyer qui accueille 400 jeunes. Il filme une réaction très violente d'un "éducateur" contre un enfant. Cette vidéo est montrée ensuite à la directrice adjointe de l'établissement qui, livide, déclare : "C'est insoutenable !" Elle semble totalement désemparée face à cette situation.

Seule à 15 ans dans un hôtel

Une situation qui est loin d'être isolée. En Seine-Saint-Denis, une jeune fille de 17 ans témoigne des violences qu'elle a subies de la part de son éducatrice et qui lui ont occasionné 7 jours d'arrêt de travail. Sa soeur plus âgée, passée également par l'ASE, explique que "la violence se ressent dix ans plus tard". Une autre fille, 15 ans et demi, raconte qu'elle s'est retrouvée dans un hôtel après qu'elle ait déposé une main courante relative à des violences contre elle. "A mon âge, dit-elle, j'ai besoin de quelqu'un." Le documentaire s'arrête également sur le scandale des hôtels dont certains sont dans un état médiocre et qui vivent de l'occupation toute l'année de chambres par des mineurs de l'ASE, et ce à raison de 60 à 80 euros par chambre.

Fabrique de délinquants sexuels

Autre sujet très lourd traité par le reportage : les abus sexuels entre jeunes accueillis. Ils seraient légion à en croire les nombreux témoignages réunis. Et cela concerne parfois des gamins de 4-5 ans. "On est en train de fabriquer les délinquants sexuels de demain", déclare un professionnel. Un autre estime que les enfants sont parfois plus en danger dans le foyer que chez eux. Le drame est que les enfants violeurs sont maintenus dans le centre. "Mais qu'est ce qu'on peut faire de ces enfants ?, interroge la vice-présidente du conseil départemental de Gironde. La PJJ ne s'intéresse pas à eux. On essaye de trouver des solutions, mais on ne nous en offre pas."

Un quart des enfants placés deviennent SDF

Personne ne sait trop que faire de ces gamins fracassés, violents, dangereux. Etablissements, Etat, départements... tout le monde semble se renvoyer la balle. Et le catalogue des problèmes n'est pas terminé. Il y a aussi toutes ces familles d'accueil (40 000) qui sont peu accompagnées, manquent de formation et sont parfois maltraitantes. Le reportage cite un rapport récent de la Cour des comptes qui dénonçait le manque de contrôle des familles : en moyenne, celui-ci aurait lieu tous les... 26 ans.

Quelques autres scandales financiers sont dénoncés dans ce reportage qui s'intéresse également au devenir de ces jeunes dont un quart échoue sur les trottoirs comme SDF. Et pour finir, cette question qui ne nous lâche pas : "Notre pays ne fabrique-t-il pas des bombes à retardement ?". 

 

"Enfants placés : les sacrifiés de la République", Emission Pièces à conviction, mercredi 16 janvier, 21 h, France 3. Le documentaire sera suivi à partir de 22h40 d'un débat avec des anciens enfants placés, des responsables de l'ASE, des représentants de l'Etat, etc.

Noël Bouttier
Ecrit par
Noël Bouttier

Commentaires (1)

Fadma OUCHARD | 16/01/2019 - 08:17

protetion de l'enfance

Bonjour, je n'ai pas vu le documentaire mais travaillant dans un service de protection de l'enfance, il faut savoir que la charge d'émotionnelle des professionnels n'est pas prise en compte par les directions voire le département et l'Etat. Le personnel a besoin de temps et d'espace d'échange (groupe de parole, APP=.
Il est si difficile de faire face huit heures d'affiler à des enfants et adolescents qui ne vont pas bien. Cette directrice adjointe qui semble si choquée, n'e propose rien. Il faut être sur le terrain à tout moment et quelque soit son niveau et grade dans la direction de ce type d'institution. Le personnel a besoin d'ecoute, de soutien et de présence.
Mon expertise me permet aujourd'hui de dire que la génération des enfants actuelle est très compliquée, très difficile dans sa prise en charge au quotidien.
Je ne jette la pierre sur personne mais je souhaitais qu'il n'y ai pas de jugement de valeur sur le travail que fait ce personnel au quotidien. La résilience pour ces enfants placés, fardeau de la république demande des moyens financiers, des Etablissements conçus pour les accueillir mais aussi de l'empathie, de la considération et du respect.

Bien cordialement,
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